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Le chaume

Les rares toits de chaume que nous croisons actuellement en terre picarde n'ont plus rien à voir avec les pratiques ancestrales du pays abandonnées à la fin du XVIIIéme siècle. En effet, de nos jours, les roseaux venus de Hollande, traités contre les parasites avec du sulfate de cuivre, ont remplacé l'usage traditionnel de la paille de blé et de seigle.

Le toit en chaume était la manière la moins coûteuse de couvrir sa maison pour les populations essentiellement composées d'agriculteurs. Les anciennes coutumes de l'Amiénois et du Ponthieu, héritées du Moyen Age et qui régulaient la vie quotidienne des habitants de ces régions, interdisaient aux éleveurs de mener leurs troupeaux sur les champs moissonnés avant trois jours. Les habitants des villages étaient alors en droit d'aller ramasser les chaumes laissés sur les champs, pour leur usage personnel, et ce, gratuitement. Cela permettait aux plus pauvres de rassembler la matière nécessaire pour la confection ou la réparation de leur toit, garantie communautaire reconnue par tous. Chaque habitant fournissait ainsi la paille nécessaire à l'artisan chargé de travailler à son toit. Le couvreur posait alors des branches de saules "les virges" sur les chevrons de la charpente pour ensuite y accrocher la paille, alors appelée "éteule". Cette dernière était maintenue avec des branches flexibles posées dessus. Sur cette première couche encore grossière, était accrochée la paille de seigle par rangée, tenue par des liens continus d'osier. Au sommet de la toiture, le couvreur achevait son travail en incorporant de l'argile qui fixait le faîte du toit, argile dans lequel on plantait des iris, des joubarbes ou des fougères, le tout servant à consolider la toiture. L'ensemble de l'œuvre s'appelait le "paillolage", et exigeait des travaux annuels d'entretien. Ce procédé de recouvrement impliquait une pente de toiture importante – entre 40 et 50 degrés – en raison d'une étanchéité somme toute relative. La base du toit se voyait prolongée de chevrons d'environ 70 cm. dans un mouvement de courbure et d'atténuation de pente. Ces bordures de toit permettaient une meilleure résistance à la pluie à l'endroit du raccord avec le mur, en ralentissant la vitesse d'écoulement de l'eau ou de la neige avant sa chute, et en rejetant l'eau vers l'extérieur au lieu de ruisseler sur les murs.