Découverte

Dans cette rubrique
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  • Amiens au XVIIIème siècle, le début de l'urbanisme
  • Amiens aux XIXème et XXème siècles
  • Amiens aux XVIème et XVIIème siècles
  • Amiens, la ville antique
  • Amiens, la ville médiévale
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    Amiens aux XVIème et XVIIème siècles

    Le salut de la ville provient une nouvelle fois de la production textile. La sayetterie, une draperie légère et bon marché, fut inventée à l'aube de la Renaissance, vers 1480, et fut commercialisée à l'échelle de l'Europe entière. Elle resta le moteur de l'économie amiénoise jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, et assura à la ville une de ses plus belles phases de prospérité. Fabrication de serge et de satin stimula alors tout une nébuleuse d'artisans qui vinrent s'installer à Amiens et dynamisèrent la croissance de la ville : tisseurs, peigneurs, teinturiers, …

    Cette prospérité fut elle aussi inscrite dans le paysage urbain, même si, à la différence d'autres villes bien moins riches, ses élites ne cherchèrent pas beaucoup à suivre les nouveaux goûts architecturaux de la Renaissance. Un beffroi en grès surmonté d'une tour pyramidale fut élevé au début du XVIème siècle, mais il brûla en août 1562. Le roi François 1er ordonna la construction du Logis des Trois Cailloux – le Logis du Roi – pour y installer son représentant en province, le gouverneur de Picardie. Entre gothique finissant et style Renaissance, cet édifice témoigne des hésitations esthétiques du temps, et d'une ville qui tenait à conserver son cachet médiéval. Les tribunaux royaux régionaux, le bailliage et le présidial, furent installés dans l'édifice renaissance de la Malmaison, avec une annexe, la Maison des Cloquiers dont il ne reste que la façade ornée de médaillons à buste. A côté du Logis du Roi, la Maison du Sagitaire – rue Vergeaulx – illustre elle aussi un des rares édifices renaissance introduit dans la ville. Au-delà de l'architecture civile, Amiens conserva son caractère militaire, place frontière face à l'ennemi espagnol alors installé au Pays Bas de l'époque, c'est-à-dire grosso modo la Belgique actuelle. Elle ne put donc pas détruire ses murailles qui furent modernisées à plusieurs reprises du XVIème au XVIIIème siècles, dotées progressivement de bastions et surtout d'une citadelle au Nord, tenue par la garnison de la ville.

    C'est à cette époque qu'apparaît dans l'organisation du bâti une première ségrégation spatiale dans l'espace urbain, formation de quartiers à la composition sociale de plus en plus homogène. Les artisans se regroupèrent progressivement au Nord et à l'Ouest de la ville, autour de Saint-Leu, Saint-Sulpice et Saint-Jacques, à proximité des centres de fabrication textile. Ici, ce n'était qu'entremêlement de rues étroites jouant avec les bras de la Somme, structurées par la présence des deux ports de la ville et celle des unités de fabrication. Les boutiquiers et les marchands se concentrèrent progressivement au centre : c'est à cet endroit qu'étaient implantés les symboles de la puissance politique de la ville, à savoir l'Hôtel de Ville, signe d'une municipalité puissance, et l'hôtel du bailliage-présidial, signe de l'attachement au royaume de France par la présence de tribunaux royaux. Les marchés se tenaient sur les places de ce centre ville, lieux de vie de l'économie locale. Ces places étaient reliées par des rues relativement larges et aérées, encadrées par les façades des immeubles des bourgeois du temps. Les élites citadines, les hommes du roi et les plus gros négociants, s'installèrent à la marge de ce centre jugé trop bruyant, dans les rues des Vergeaux et des Sergents, et sur la Rue des Trois Cailloux ou des Jacobins. A l'Est et au Sud de la cathédrale, se regroupèrent les ecclésiastiques fortunés de la ville, évêques, chanoines, et communautés religieuses qui attirèrent dès lors quelques autres riches amiénois. Entre le XVIème et le XVIIIème siècle, la ville prit une physionomie qui n'allait plus changer, si ce n'est par une extension au-delà du mur d'enceinte.