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Amiens, la ville médiévale

Les conséquences des grandes invasions furent durables sur Amiens, puisque la cité ne connut pas de changements importants dans sa morphologie durant toute la première moitié du Moyen Age. Invasions normandes au IXème siècles, disputes territoriales entre les successeurs de Charlemagne et les ancêtres d'Hugues Capet, la ville faisait déjà l'expérience de sa localisation dans un espace exposé, lieu de passage et lieu de convoitise des plus grands. Elle réussit à tirer un avantage de cette situation à partir du XIIème siècle, quand la paix revint peu à peu, que sa place de carrefour finit par apporter richesse et prospérité. De Paris aux riches villes de Flandre, du port d'Abbeville à la Champagne – lieu des plus grandes foires du temps – le passage par Amiens était presque obligé. Les marchands amiénois adhérèrent même à la riche confédération des villes du Nord de l'Europe, la Hanse, véritable association commerciale des cités les plus prospères du temps. A l'origine de cette prospérité, des draps et des plantes : Amiens produisait d'abord des draps de luxe qui se vendaient jusqu'en Italie dès le XIIème siècle. Elle encadrait également le commerce de la guède aussi appelée waide, plante tinctoriale produite par l'agriculture locale, broyée dans les moulins des environs et vendue à l'église Saint Martin aux waides ou directement à l'étranger.

Cette prospérité a laissé de nombreuses traces dans le bâti amiénois qui regroupait alors entre 15 et 20 000 citadins. La construction de la cathédrale à partir de 1220 sous les ordres de Robert de Luzarches puis de Thomas de Cormont témoigne de la vitalité économique tant du clergé local que des élites marchandes amiénoises, qui dotèrent leur cité de la plus grande cathédrale d'Europe. Une nouvelle enceinte supplanta le vieux mur gallo-romain complètement ruiné et englobé dans le bâti. Elle fut entreprise vers 1150 et consacra l'expansion spatiale de la ville vers le Nord. Des ponts fortifiés furent jetés par-dessus la Somme, et les douze paroisses de la ville virent s'achever leurs églises. La ville médiévale supplantait la cité antique. Bâtis de bois et de torchis, couverts de toits de chaume, l'habitat urbain était construit selon les usages de la région, seules de très rares maisons, celles des plus riches, utilisant encore la pierre. Le danger principal était alors incarné par l'incendie dont la menace fit interdire l'usage du chaume dès 1487.

Malheureusement pour Amiens, le retour de l'instabilité politique dans le sillage de la guerre de Cent Ans au XIVème siècle lui fit une nouvelle fois durement ressentir son exposition au passage des armées. Une troisième génération de fortifications vit le jour à partir de 1350, dont les boulevards actuels dessinent encore le tracé. Le manque de moyens et l'enracinement des guerres firent que cette entreprise ne fut véritablement achevée qu'à la fin du XVème siècle, soit plus de cent ans de travaux, au rythme des alertes et des tensions militaires. Les liaisons commerciales avec l'Angleterre et les Flandres commencèrent à se réduire, et l'activité d'Amiens se recentra sur le commerce du blé. Comme à la fin de l'empire romain, la ville se resserra sur elle-même, derrière ses remparts et contre sa cathédrale.